QUO VADIS ?

 

LES REFUGIES

Un des moments émouvants, sinon le plus émouvant de mon séjour à Medjugorje fut la distribution de dons aux réfugiés de SARAJEVO et des alentours, qui ont fui la guerre et qui vivent maintenant dans des habitations abandonnées à proximité d'un paysage apocalyptique : des amas de pierres, de fer et de briques qu'on appelait autrefois : maisons.

Nous sommes une quinzaine de bénévoles a accompagner Philippe d'une association Humanitaire. Nous sortons en car de Medjugorje pour traverser des villages où des impacts de balles se voient sur les murs. Le clocher d'une église est également touché.

Précédé de Philippe dans son "quatre quatre" bâché, nous traversons des barrages.
La voix qui sort des haut-parleurs du car de grand confort, venu de Bayonne pour le pélerinage, nous demande de ne pas filmer. J'aperçois un pont détruit par les bombes. Pris un peu par la peur, ma tension monte d'un cran.

Nous arrivons à destination, dans un village abandonné par les Musulmans, bombardé par les Croates ou les Serbes, et où se sont maintenant réfugiées des familles croates. Celles-ci, prévenues nous attendent déjà. Certaines tiennent dans leurs mains des sacs pliés qui serviront à emporter la nourriture que nous sommes venus apporter. Philippe qui d'habitude fait seul cette distribution, nous explique que les denrées, rationnées selon la taille de la famille, constitue environ la "survie" pour un mois : 1 Kg de farine, 1 litre d'huile, quelques paquets de galette, boites de conserve, et autres à "échelle réduite". HORRIBLE !
« Il faut dire, rajoute-t-il, que d'autres associations humanitaires rendent visite à ces familles qui restent conscientes malheureusement qu'elles doivent apprendre à se débrouiller seules. »
Un moment de révolte s'emparera de moi quand je verrai ces femmes et ces enfants attendre pendant une heure ou deux, jusqu'à la nuit tombante, dans la plus totale "docilité", qu'on leur distribue leur "quota". Quand certaines, encore ne repartaient pas les mains vides ! Des hommes viennent aussi; le sourire a disparu de leurs lèvres et leur honneur bafoué devant ces gens pourtant charitables venus leurs apporter, comme s'ils étaient des chiens, la pâtée, non pas du jour, mais du mois. REVOLTANT !
Dans la dignité, tête basse, l'homme qui est devant moi accepte l'aumône. Je décrispe mes lèvres pour lui sourire. Ses yeux ont compris, ils brillent. II me sourit timidement. Des pensées viennent alors me tourmenter : Il pourrait lui aussi avoir envie de donner, mais il n'a rien si ce n'est le sourire. II accepte ce qu'on lui donne sans dire un mot. Il a peut-être envie d'autre chose, mais son humilité l'empêche de "mendier". Comment fera-t-il quand ses petits demanderont ?
Après avoir tout perdu, la dignité sombre à son tour. Mon Dieu, après la mort, la souffrance, la misère, pourquoi aussi l'humiliation ?
Pourtant mon coeur se réchauffera avec le sourire et les étreintes de familles qui remercient chaleureusement. Tout autant que le geste charitable de ces enfants qui nous tendent le chocolat qu'ils viennent de recevoir.
Un petit garçon, un bébé presque, est entouré d'une couverture dans les bras de sa maman. Il ne semble pas percevoir l'agitation qui règne autour de lui. II souffre; sa joue est enflée. Sa mère me fait comprendre qu'il a mal aux dents. Comme c'est affreux de ne pas pouvoir lui venir en aide, quand je pense qu'en France, le réflexe aurait été de l'amener chez un dentiste.

Philippe est maintenant bien connu des réfugiés. Il joue un rôle formidable. Aujourd'hui, nous sommes plusieurs à l'aider, demain il sera seul. Les chauffeurs de car qui ont conduit les pélerins de Marseille, sont venus aussi lui prêter main forte. II nous fera part de son indignation quand il nous dévoilera que les dons n'étaient pas tous sains : des boites de conserve étaient périmées, et des vêtements usagers.
Sa tâche ne se limite pas à apporter les dons aux réfugiés; il nous précise que la répartition des vivres s'effectue aussi dans les hopitaux, orphelinats et villages isolés.
II reste que les oeuvres humanitaires, même si elles font le maximum dans des conditions difficiles, ont encore des efforts à réaliser, ne serait-ce que pour ôter l'épreuve de l'attente. Chacun de nous, outre l'aspect financier, avons aussi un effort à faire en se rapprochant peut-être d'avantage des réfugiés et plus généralement de notre prochain en difficulté. (J de C. 1/12/1993)